Nous sommes tous d'accord : comment ne pas être attendri par Chabal, l'homme qui a donné sa nouvelle devise au sport français : je suis velu, j'ai vu, j'ai vaincu. Passons sur l'individu en lui-même. Il semble très sympathique, mais n'est pas exempt de contradictions psychologiques flagrantes. Tout ce que je sais de lui, comme tout le monde, c'est qu'il a peur des araignées, mais qu'il a été capable de chanter du Chantal Goya à la télé. Comment se laisser dépasser par cette première phobie si ridicule quand on possède l'arme pour la vaincre ? Je ne vois pas quelle araignée au monde serait capable de résister à une grosse bête encore plus poilue qu'elle, debout sur un tabouret et hurlant : "Ce matin, un lapin..." La chabalmania, dont on nous a rebattu les oreilles, a été amusante. Il ne faudrait pas qu'elle devienne excessive tout de même. Jusque-là, en l'honneur des pectoraux de Michalak, l'amour du rugby imposait de tapisser les murs de calendriers. Si en plus, en l'honneur du torse de Chabal, il faut tapisser les sols de moquette, on n'est pas rendu. Tout de même, j'adore les fantasmes que ce massif central (il vient d'Ardèche) a déchaîné. Je parle des fantasmes chez les hommes, les femmes sont restées plus discrètes. Francis Lalanne, l'Assurancetourix des troisièmes mi-temps, a vu dans la brune crinière du deuxième ligne rien moins que le retour "de rame gauloise, de cette France sauvage irrésistible et libre", ce qui fait beaucoup pour un shampoing. Et l'ineffable camarade Eric Zemmour, transporté par les shoots de testostérone que lui procure son héros, a ouvert les vannes dans "Elle" : Chabal, c'est le Messie à gros calibre dont il attendait le retour, le surmâle dont rêvent les femmes, et d'ailleurs lui-même, "depuis tout petit", aime le rugby parce que ce sport permet de "s'arracher à la domination de la mère". Tout cela faisait venir des images plaisantes : on imaginait bébé Zemmour enlevé par les bras puissants du Néandertal des stades, poursuivi par les coups de sac à main de maman : "Sale individu, je vous interdis de m'arracher mon fils !" Je rigole, mais je ne sous-estime pas le poids d'un gros gabarit pour rééquilibrer une équipe. Songez au doux bordel qui règne au gouvernement en ce moment : à propos de n'importe quoi, on n'en trouve plus un qui ne tire pas dans les pattes des autres. Maintenant imaginez M. Fillon chabalisé, avec cinquante kilos, vingt centimètres et une longue barbe en plus, tapant de ses gros poings velus sur la table du conseil des ministres. Croyez-moi, ils feraient moins les malins, les demi-portefeuilles d'ouverture.
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François Reynaert (le jeudi 18 octobre 2007)